La galerie Angelika Harthan, à Mitte (Stuttgart) organise actuellement une expérience qui mérite d'être mieux connue.
Avec l'aide de la municipalité de Stuttgart, la galerie Harthan a obtenu de la part de divers musées allemands le prêt de deux douzaines d'oeuvres de Picasso datant des années 40.
Ces oeuvres sont exposées au public dans les huit salles de la galerie.
L'originalité de l'exposition consiste en ceci : dans chacune des salles de la galerie se trouve exposé un faux Picasso. Non la copie d'une oeuvre existante, mais un pastiche du Picasso de cette période-là, réalisé par un artiste contemporain, encadré et présenté comme s'il s'agissait d'une authentique réalisation de Picasso. Le catalogue de l'exposition ne révèle pas la supercherie : l'oeuvre est affublée d'un faux titre, d'une fausse date de réalisation, et est gratifiée de commentaires de la part d'éminents spécialistes, de mèche avec la galerie.
L'objectif de la municipalité est d'étudier l'attitude des visiteurs. Ceux-ci sont avertis de la présence de faux, mais ils ne savent pas combien il y en a, ni lesquels ils sont.
Cette exposition, dont le prix d'entrée est très modique (6 euros), attire peu de monde, et aucun groupe scolaire. Les Picasso qui sont exposés sont pourtant des oeuvres importantes et représentatives de cette époque de la carrière créative de l'artiste.
Les visiteurs font peu de commentaires lors de leur visite, et ne s'attardent guère.
Nous ne pouvons que nous réjouir du silence qui règne dans les salles de la galerie Angelika Harthan, propice au recueillement des amateurs d'art. Des vrais amateurs d'art.