Voici Babelio, un site où des lecteurs rendent compte de leurs lectures.
Voyons voir. Prenons au hasard une critique de Je ne veux jamais l'oublier, roman de Michel Déon, par une lectrice pseudonymée.
"Ce roman a été écrit en 1950, peu de temps après la seconde guerre mondiale", écrit-elle à l'entame de son compte-rendu.
C'est exact. La seconde guerre mondiale a pris fin en 1945, donc peu avant 1950.
"Il y règne une certaine atmosphère de libertinage, de liberté de vivre, d’espoir afin d’essayer d’oublier les années de terreur, de privations vécues pendant la guerre."
Une "certaine" atmosphère ? Une atmosphère, quoi. Mais je pinaille.
L'espoir servirait à "essayer d'oublier" ? Il me semble plutôt être une conséquence de l'oubli, pas une cause. Mais je suis pédant.
"On peut dire que ce roman se partage en deux parties : l’Italie et Paris."
Ce "on peut dire" a la même fonction que le "certaine (atmosphère)" de tout à l'heure : c'est faire semblant de relativiser par prudence une idée forte. Sauf qu'ici, il n'y a pas d'idée.
Et pourquoi peut-on le dire ? Sans doute parce que ce livre a l'Italie et Paris pour décors. Mais en quoi un changement de décor inaugure-t-il de facto une nouvelle "partie" ?
"Venise est peu présente, seulement, dans les 2 premiers chapites, mais y joue un rôle important dans la vie du héros, Patrice Belmont."
Sic pour la ponctuation et l'orthographe.
Quel "rôle" peut donc bien jouer une ville ? Celui d'entité mystique, peut-être ? Nous verrons. Mais a priori, c'est un lieu où se déroule une action.
"D’abord à Venise, puis, un peu partout en Italie, Patrice prend du bon temps en compagnie de sa tante (Mercédès Bongivanni), une authentique Marquise, agaçante et snob à souhait
!!!!"
Passons sur la diarrhée de points d'exclamation (il suffit de laisser son doigt sur la touche). Ces points d'exclamation sont des interventions du narrateur, ce qui n'a pas sa place dans une
critique. Mais je suis professoral.
Passons à nouveau sur l'orthographe et la ponctuation.
J'attends toujours de comprendre la nature du "rôle" de Venise.
"C’est grâce à sa tante que Patrice rencontre à Venise, une « mystérieuse » jeune femme dont il tombe éperduement amoureux, et, serait la femme de sa vie."
Sic pour la ponctuation.
Ah, là voilà, l'importance de Venise : c'est là que Patrice rencontre une femme. Mon anticipation était bien pertinente : Venise ne tient aucun rôle, c'est le décor, toile de fond à partir de laquelle, précisément, les rôles peuvent exister.
Cette femme "serait" la femme de sa vie : pourquoi ce conditionnel ? De quoi cela dépend-il ? Présumons une faute d'orthographe, un "sera" qui a dérapé, où un "espère Patrice" sombré dans un trou noir.
Pourquoi des guillemets autour de l'adjectif "mystérieuse" ? A mon avis, l'auteur veut nous faire comprendre que ce mot n'est pas tout à fait adéquat, mais qu'elle a autre chose à faire que de s'arrêter et de réfléchir à un meilleur choix.
"Mais celle çi est superficielle, frivole, avide, hyper gâtée, aimant l’argent et la fête. Elle le fera tourner en bourrique avant d’en épouser un autre …"
Pour mémoire : trois fautes d'orthographe.
Je vous passe la suite de ce texte.
Dont voici la conclusion :
"Appréciant énormément Michel Déon, j’avoue m’être régalée en lisant ce roman écrit dans un style poétique …"
"Appréciant énormément" : c'est pas joli, ça ?
Mais... "appréciant énormément", c'est un préjugé ! Que vaut cette critique, alors ?
Elle s'est "régalée" : cela me fait plaisir pour elle. Vraiment.
Que diable peut bien être un "style poétique" ? Un style qui n'est pas prosaïque, peut-être... "Tourner en bourrique", c'est du style poétique, peut-être...
Mais tu n'as rien compris, Ronald ! Rien !
Ce n'était pas une critique, c'était une humeur !
Une humeur !
C'est un texte effusif !
Un partage d'émotions !
Ah, la la... Plus ça va, moins je suis démocrate.
Je suis pour un gouvernement des élites.
Et en l'absence d'élites, j'accepte d'assurer l'intérim.