Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 10:09

 

 

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Voici Babelio, un site où des lecteurs rendent compte de leurs lectures.

 

Voyons voir. Prenons au hasard une critique de Je ne veux jamais l'oublier, roman de Michel Déon, par une lectrice pseudonymée.

 

"Ce roman a été écrit en 1950, peu de temps après la seconde guerre mondiale", écrit-elle à l'entame de son compte-rendu. 

 

C'est exact. La seconde guerre mondiale a pris fin en 1945, donc peu avant 1950.

"Il y règne une certaine atmosphère de libertinage, de liberté de vivre, d’espoir afin d’essayer d’oublier les années de terreur, de privations vécues pendant la guerre."

 

Une "certaine" atmosphère ? Une atmosphère, quoi. Mais je pinaille.

 

L'espoir servirait à "essayer d'oublier" ? Il me semble plutôt être une conséquence de l'oubli, pas une cause. Mais je suis pédant.

"On peut dire que ce roman se partage en deux parties : l’Italie et Paris."

 

Ce "on peut dire" a la même fonction que le "certaine (atmosphère)" de tout à l'heure : c'est faire semblant de relativiser par prudence une idée forte. Sauf qu'ici, il n'y a pas d'idée.

 

Et pourquoi peut-on le dire ? Sans doute parce que ce livre a l'Italie et Paris pour décors. Mais en quoi un changement de décor inaugure-t-il de facto une nouvelle "partie" ? 


"Venise est peu présente, seulement, dans les 2 premiers chapites, mais y joue un rôle important dans la vie du héros, Patrice Belmont."

 

Sic pour la ponctuation et l'orthographe.

 

Quel "rôle" peut donc bien jouer une ville ? Celui d'entité mystique, peut-être ? Nous verrons. Mais a priori, c'est un lieu où se déroule une action. 

"D’abord à Venise, puis, un peu partout en Italie, Patrice prend du bon temps en compagnie de sa tante (Mercédès Bongivanni), une authentique Marquise, agaçante et snob à souhait !!!!"

Passons sur la diarrhée de points d'exclamation (il suffit de laisser son doigt sur la touche). Ces points d'exclamation sont des interventions du narrateur, ce qui n'a pas sa place dans une critique. Mais je suis professoral.

 

Passons à nouveau sur l'orthographe et la ponctuation.

 

J'attends toujours de comprendre la nature du "rôle" de Venise.

 

"C’est grâce à sa tante que Patrice rencontre à Venise, une « mystérieuse » jeune femme dont il tombe éperduement amoureux, et, serait la femme de sa vie."

Sic pour la ponctuation.

 

Ah, là voilà, l'importance de Venise : c'est là que Patrice rencontre une femme. Mon anticipation était bien pertinente : Venise ne tient aucun rôle, c'est le décor, toile de fond à partir de laquelle, précisément, les rôles peuvent exister.

 

Cette femme "serait" la femme de sa vie : pourquoi ce conditionnel ? De quoi cela dépend-il ? Présumons une faute d'orthographe, un "sera" qui a dérapé, où un "espère Patrice" sombré dans un trou noir.

 

Pourquoi des guillemets autour de l'adjectif "mystérieuse" ? A mon avis, l'auteur veut nous faire comprendre que ce mot n'est pas tout à fait adéquat, mais qu'elle a autre chose à faire que de s'arrêter et de réfléchir à un meilleur choix.

 

"Mais celle çi est superficielle, frivole, avide, hyper gâtée, aimant l’argent et la fête. Elle le fera tourner en bourrique avant d’en épouser un autre …"

 

Pour mémoire : trois fautes d'orthographe.

 

Je vous passe la suite de ce texte.

 

Dont voici la conclusion :

 

"Appréciant énormément Michel Déon, j’avoue m’être régalée en lisant ce roman écrit dans un style poétique …"

 

"Appréciant énormément" : c'est pas joli, ça ? 

 

Mais... "appréciant énormément", c'est un préjugé ! Que vaut cette critique, alors ?

 

Elle s'est "régalée" : cela me fait plaisir pour elle. Vraiment.

 

Que diable peut bien être un "style poétique" ? Un style qui n'est pas prosaïque, peut-être... "Tourner en bourrique", c'est du style poétique, peut-être...

 

 

Mais tu n'as rien compris, Ronald ! Rien !

 

Ce n'était pas une critique, c'était une humeur !

 

Une humeur !

 

C'est un texte effusif !

 

Un partage d'émotions !

 

 

Ah, la la... Plus ça va, moins je suis démocrate.

 

Je suis pour un gouvernement des élites.

 

Et en l'absence d'élites, j'accepte d'assurer l'intérim.

 

 

 

 

 

 

 

http://www.babelio.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ronald oranger
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Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 10:41

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Les participants à ce réseau social sont invités à décrire leur "humeur".

 

Voyons ce que ça donne chez une vingtaine d'entre eux (pris au hasard, je le jure) :

  • envie que tu me prennes dans les bras (femme, 37 ans)
  • je me tâte, je me tâte, un jour viendra (homme, 55 ans)
  • et le soleil ? (femme, 52 ans)
  • vers l'infini et au-delà ! (femme, 47 ans)
  • suis-je bien réveillée? (femme, 26 ans)
  • envie besoin de vraies vacances :-(  (femme, 44 ans) (sic)
  • toujours de bonne humeur (femme, 58 ans)
  • reprend du service :-) (femme, 36 ans)
  • mouaw en forme comme d'hab (femme, 46 ans)
  • vadrouille dans les possibles (femme, 37 ans)
  • ;-) (homme, 29 ans)
  • l'humour, les ami(es)s et la musique (homme, 59 ans)
  • come on everybody it's time to have a party (homme, 40 ans)
  • je me repose quand avec tout ca ? (homme, 30 ans)
  • re Bulgarie ;-) (homme 36 ans)
  •  °_°   (homme 42 ans)
  • feel good ! (femme, 35 ans)
  • contactsss:.) (femme, 39 ans)
  • trop content, ça existe ?? (homme, 24 ans)

 

 

Opérons une rapide classification :

 

  • Il y a ceux qui exposent une émotion pure : ils se déclarent contents, de bonne humeur, en forme, ou se représentent par un émoticône positif.
  • Il y a ceux qui adhèrent avec enthousiasme aux rythmes collectifs : le boulot, les vacances. 
  • Il y a ceux qui célèbrent leur besoin (assouvi) de contacts sociaux.
  • Et puis il y a le groupe indistinct de ceux qui planent béatement dans les "possibles", l'infini, les rêves ou le futur.

 

La plupart des membres sont contents. Trois d'entre eux seulement conditionnent leur bien-être à la réalisation d'un désir (être dans les bras de quelqu'un, être en vacances, avoir du soleil).

 

Quelle est la part de l'autosuggestion dans ces professions de joie ?

 

Quelle est celle de la comédie ?

 

Quelle est celle du mimétisme, de l'adaptation inconsciente au ton adolescent et à la régression émotionnelle qui semblent devenus de rigueur dans les réseaux sociaux ?  

 

Dans L'euphorie perpétuelle, Pascal Bruckner expose quelques-un des paradoxes que nous vivons, nous qui sommes sommés d'être heureux, ici et maintenant.

 

Le bonheur, disent certains, c'est de jouir intensément. Pour d'autres, il consiste en revanche à aimer la petite musique du quotidien.

 

Le bonheur, pour certains, consiste à explorer des possibles. Pour les autres, c'est jouir de ce qu'on a.

 

Notre panel a bien saisi ce double enjeu.

 

Nous y trouvons en effet des jouisseurs intenses ("mouaw" , "trop content") ainsi que des miniaturistes du bonheur (°_°, ;-) ...

 

Des explorateurs d'inconnu, mais aussi des amateurs de quotidienneté et de répétition (la Bulgarie...).

 

Tiens, pour rigoler, quelles seraient les humeurs des membres d'un réseau social qui fonctionnerait dans un service pour dépressifs ?

 

hier :-(((  ,aujourd'hui :-(((((((

 

m'emmerde comme d'hab

 

ma vie c'est ____________________

 

shit, pas encore mort

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Bruckner, L'euphorie perpétuelle, Grasset et Livre de poche

 

http://www.geopsy.com/psychologie/l_euphorie_perpetuelle.pdf

 

 

 

 

 

Par ronald oranger
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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 10:47

 

 

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C'est un enterrement. Le cercueil est enseveli sous des pelletées de terre.

 

Recommençons, avec des détails.

 

Un homme fait ses derniers adieux à sa bien aimée. Il se recueille face à elle, qu'il imagine pâle dans le cercueil. Puis il l'ensevelit, seul, tout en pleurant.

 

Recommençons encore.

 

Un homme est venu se recueillir sur le tombeau de sa bien aimée. Il s'est chargé de bouquets et en recouvre la dalle funéraire, jusqu'à en faire une couverture florale, un linceul multicolore. Puis il se couche sur la tombe et embrasse avec des convulsions l'effigie de marbre blanc de sa bien aimée.

 

Recommençons encore. Ou plutôt, non : laissons cette fois la parole à Paul Verlaine.

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête.
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

 

 

 

 

 



 

 


Paul Verlaine, Green, in Romances sans paroles, 1874

Par ronald oranger
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 11:07

 

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Me voilà devant un rayonnage de livres de seconde main. Quel choix ! Les titres sur les dos des livres rivalisent d'attrait, comme ils sont charmants ! Comme ils me donnent envie d'en savoir plus ! Ah, je leur donnerais bien leur chance à tous ! Je les parcours du regard, de droite à gauche, de gauche à droite, je suis le maître : lequel vais-je élire ? C'est comme lors d'une bamba : je balaie la foule, je scanne les filles, j'embrasse qui je veux. Ici, dans cette librairie de seconde main, je fais ce que je veux, je suis le client de droit divin, c'est moi qui ai le pouvoir d'achat. Je puis même en choisir deux, voire trois. Irai-je vers ce titre, qui me paraît coquin, polisson ? Mais peut-être est-ce de la poudre aux yeux. Privilégierai-je le titre sobre qui camoufle, qui sait, de l'humour absurde, de la perversité, de la bigoterie ? Comment le savoir avant de l'avoir ouvert et entamé ? Le titre a-t-il la moindre importance, après tout ? Au fond, qu'est-ce qui détermine le choix d'un livre ? Mais il faut pouvoir choisir.  

 

Je pose mon index la tranche supérieure d'un des livres, presse dessus pour l'extraire du rayonnage (il est comprimé entre les autres), m'assieds (il y a des fauteuils pour les clients), le saisis fermement entre mes mains pour en évaluer la masse, le rapport entre la longueur et la largeur, la souplesse, la qualité de la reliure : ainsi, je me l'approprie. Je m'assieds confortablement et l'ouvre.  Une odeur s'en échappe, trop longtemps retenue prisonnière de l'entrepages : celle du papier, de l'encre, qui me confirme : il s'agit bien d'un livre, un vieux livre, un livre de seconde main.

 

Je suis un homme.

 

Je commence à lire.

 

"Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence. A la pénombre connue de la chambre, volume obscur coupé par des détails, où ta mémoire identifie sans peine les chemins que tu as mille fois parcourus, les retraçant à partir du carré opaque de la fenêtre..."

 

Je faiblis.

 

"...ressuscitant le lavabo à partir d'un reflet, l'étagère à partir de l'ombre un peu plus claire d'un livre, précisant la masse plus noire des vêtements suspendus, succède, au bout d'un certain temps, un espace à deux dimensions..."

 

Mes yeux lisent tout seuls, la mécanique est en marche, je me laisse faire par le texte. La lecture se fait désormais à mon corps défendant.

 

"...comme un tableau sans limites sures qui ferait un très petit angle avec le plan de tes yeux, comme s'il reposait, pas tout à fait perpendiculairement, sur l'arête de ton nez..."

 

Ce texte me parle, il s'adresse à moi, de tout près ; je ne comprends à vrai dire pas très bien de quoi il me parle, mais c'est bien à moi qu'il est en train de parler, en ce moment même.

 

"...tableau qui, d'abord, peut te sembler uniformément gris, ou plutôt neutre, sans couleurs ni formes..."

 

Je ne sais pas très bien où va ce texte, ni comment il va m'y emmener, ni combien de temps cela va prendre. Mais mon corps ne se défend plus.

 

Je suis femme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Georges Perec, Un homme qui dort, folio 2197

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ronald oranger
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Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 10:43

 

 

 

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La résurrection, nous sommes bien d'accord, est un perspective éminemment sympathique.

 

Toutefois, je ne me convertirai pas avant d'avoir lu le programme.

 

La question que je me pose est celle-ci :

 

Est-il prévu que je ressuscite instantanément, ou devrai-je patienter jusqu'à la fin des temps ?

 

Je perçois des indices contradictoires.

 

Si l'amour est plus fort que la mort, alors on ne meurt jamais. Il ne peut pas être question d'un intervalle pendant lequel on est mort. On passe sans solution de continuité de cette vie-ci à une autre vie.

 

L'autre jour, assistant à une messe d'enterrement, j'entends d'ailleurs le prêtre dire : "M.-A. se trouve aujourd'hui dans une autre forme de vie" (or elle est décédée quatre jours plus tôt). 

 

C'est logique. Nous ne mourons pas, nous ne mourrons jamais, puisque Jésus a vaincu la mort.

 

Mais, par ailleurs, la liturgie catholique dit : "Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts". Ce qui veut dire qu'il y aura encore des morts au moment où "Il" reviendra dans la gloire.

 

Et le Credo confirme : "J'attends la résurrection des morts". Si on l'attend, c'est qu'il s'agit d'une résurrection collective et simultanée.

 

Et puis, Jésus n'est-il pas ressuscité le troisième jour ? Donc il a été mort pendant deux jours.

 

Lazare aussi était bel et bien mort quand Jésus l'a ressuscité.

 

Alors ? Est-on mort pendant un certain temps et ressuscitons-nous tous à la fois, ou bien ressuscitons-nous chacun individuellement, au fur et à mesure de nos décès ici-bas ?

 

Pour le savoir, ouvrons le catéchisme de l'Eglise catholique.

 

Je lis ceci (c'est moi qui souligne) :

 

Article 988 : "Le Credo chrétien (...) culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle."

 

Article 989 : "Nous croyons fermement (...) que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour."

 

Plus loin, l'article 1038 tape encore sur le clou (comme disait Jésus) : "La résurrection de tous les morts (...) précédera le Jugement dernier."

 

Il semble donc bien que la deuxième option soit la bonne.

 

Non seulement pour moi, mais également pour les chrétiens qui connaissent leur religion, M.-A. était bien morte le jour de son enterrement.

 

 

 

 

 

 

 

http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P2B.HTM

 

 

 

 

Par ronald oranger
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