Mardi 2 novembre 2010 2 02 /11 /Nov /2010 10:25

 

 

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Une marche blanche, qu'est-ce que cela veut dire ? La marche n'a pas de couleur. Il s'agissait, le 20 octobre 1996, d'une marche en blanc (à laquelle je n'ai pas participé, étant gris clair).

 

Même remarque concernant la "crise économique". La crise n'est pas économique : il s'agit de la crise de l'économie. Qui peut être subite, lente, longue, brutale, mais pas économique.

 

La "phobie scolaire". Mais non, il s'agit d'une phobie de l'école. On ne parle d'ailleurs pas de phobie aquatique s'agissant des gens qui ont peur de l'eau.

 

"Les us et coutumes monarchiques", nous dit un journaliste à propos des "consultations royales". Mais non, ce sont les us et coutumes de la monarchie, et les consultations du roi. On parlera en revanche de consultation royale si mon médecin déroule le tapis rouge devant moi et ne me réclame pas d'honoraires.

 

Tout se passe comme si l'adjectif qualificatif ne qualifiait plus le nom auquel il se rapporte, mais créait un lien logique vague qui signifierait "relatif à", "par rapport à".

 

Aplanissement du sens, confusion des rapports logique, pour gagner quoi ? Une syllabe ?

 

 

Par ronald oranger
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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 10:27

 

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Un rimbaudelaire, c'est un poème résultant d'un mélange de Rimbaud et de Baudelaire. 

 

La recette en est simple.

 

On réduit un poème de Rimbaud à un squelette, en ne gardant que le rythme et les articulations.

 

Ensuite on remplit le moule ainsi obtenu par des mots qui appartiennent au vocabulaire de Baudelaire.

 

A titre d'exemple, voici la dernière strophe du Dormeur du val :  

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

Voici trois rimbaudelaires créés par le groupe Alamo sur base de cette strophe :

 

Les regrets ne font pas piétiner sa parure ;

Il fond dans le jardin, la mort sur sa coiffure,

Sinistre. Il a cinq trous sombres au tilleul lent.

 

Les parfums ne font pas écouter sa caverne ;

Il bout dans le serment, la dent sur sa lanterne,

Terrible. Il a cent doigts tristes au plaisir plat.

  

Les haillons ne font pas écouter sa lanterne ;

Il bout dans le grelot, la fleur sur sa caverne,

Tranquille. Il a six feux sombres au chagrin blanc.

 

Voici un rimbaine (Rimbaud + Verlaine) de mon cru :

 

Les moiteurs ne font pas dorloter sa cervelle ;

Il mord dans le midi, la joie sur sa semelle,

Pénétrant. Il a trois vents tristes au baiser cher. 

 

A présent, des verlauds (Verlaine + Rimbaud) !

 

Prenons le début de Green :

 

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,

Et puis voici mon coeur, qui ne bat que pour vous.

 

Cela pourrait donner :

 

Voici des chairs, des seins, des nuques et des hyènes,

Et puis voici mon pot, qui ne boit que pour vous.

 

Voici des soirs, des chants, des villes et des nègres,

Et puis voici mon or, qui n'éclôt que pour Elle.

 

Voici des airs, des vies, des flaches et des linges,

Et puis voici mon flanc, qui ne rit que pour moi.

 

Trop drôle. Je vais de ce pas m'atteler à fabriquer des vallarmés (Valery + Mallarmé) !

 

Des clerses (Claudel + Saint-John Perse) !

 

Des chapollinaires (Char + Apollinaire) ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les rimbaudelaires ont été inventés par le goupe Alamo :

http://lapal.free.fr/alamo/programmes/rimbaudelaires.html

Par ronald oranger
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Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 09:54

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"L'intérêt général est brimé et bradé", titrait La Libre Belgique le 7 octobre dernier, "Il est perdu parmi l'éclatement des intérêts particuliers et des rapports de force."

 

Mais qu'est-ce donc que l'"intérêt général" ?

 

Je trouve deux types de réponses.

 

Premier type de réponses : "L'intérêt général est la somme des intérêts particuliers."

 

Cela ne veut rien dire, car les intérêts particuliers sont souvent contradictoires, et on ne peut pas additionner des choses contradictoires.

 

Par exemple : mon intérêt à moi, qui possède une voiture, est de vivre dans un quartier calme, à l'écart des magasins et des lignes de transport en commun. Mais l'intérêt de mon voisin, qui ne possède pas de voiture, est qu'on installe une ligne de tram dans notre rue.

 

On ne peut pas faire la somme de ces deux volontés.

 

Que va-t-il alors se passer ? La situation se stabilisera provisoirement sur un point d'équilibre, qui dépendra du contexte. Par exemple, si nous sommes une majorité dans le quartier à posséder une voiture, et si nous sommes influents, la STIB renoncera à placer la bruyante ligne de tram. Mais si la population change, si le quartier se paupérise, alors le point d'équilibre se déplacera, et il y aura sans doute un tram.

 

Dans l'un et l'autre cas, on n'a pas additionné d'intérêts particuliers.

 

Deuxième type de réponses : "L'intérêt général dépasse les individus, il est l'émanation de la collectivité en tant que telle, on l'appelle le contrat social."

 

Cette définition présuppose deux choses.

 

La première, c'est que les concepteurs du contrat social se sont désincarnés, ont fait abstraction de leurs intérêts personnels, pour prendre en compte l'intérêt de l'espèce, la survie de l'espèce. Cela me semble impossible. Un individu ne peut pas produire une chose qui ne soit pas l'émanation totale de sa subjectivité. Nous ne pouvons déjà pas nous mettre à la place d'un autre - a fortiori, nous ne pouvons pas nous mettre à la place d'une abstraction (la collectivité).

 

La deuxième, c'est que nos actions individuelles pourraient nuire à l'espèce. Comment  concevoir cela ? Notre espèce a survécu et s'est organisée, pendant des millions d'annés et jusqu'à très récemment, sans la moindre espèce de contrat social librement consenti. Les choses se sont autorégulées dans un sens favorable à la survie de l'espèce, puisque nous sommes toujours là.

 

Il serait peut-être productif de faire une lecture marxiste du concept d'intérêt général. Les marxistes ont montré que les concepts d'épanouissement et de culture (à l'école) servaient à occulter des mécanismes de sélection sociale.Peut-être en va-t-il de même de l'idée d'intérêt général. Peut-être ce concept est-il "idéologique", pour reprendre le vocabiulaire des marxistes. 

 

Observons à cet égard que La Libre Belgique parle de l'intérêt général comme d'un concept quasiment métaphysique, dégradé, dévergondé, "dilué" dans la société des hommes.

 

Je soutiens qu'il n'y a pas d'intérêt général.

 

- La parole est à Jean-Jacques Rousseau ! 

 

 

 

 

 

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/615090/l-interet-general-est-bride-et-brade.html

Pour un exposé synthétique sur les deux définitions possibles de la notion d'intérêt général :

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/approfondissements/interet-general-interets-particuliers.html

Par ronald oranger
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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 10:17

 

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D'accord, il y va fort, Dieudonné, avec son "passage du juif".

 

Mais il ne fait qu'illustrer, de manière brutale et crue, ce que formule Copeau, intellectuel libéral, dans les lignes qui suivent :

 

"Rappeler chaque jour les atrocités nazies — exercice devenu sacré, désormais, sous le nom de "devoir de mémoire", — entretien un bruit de fond permanent qui ne laisse plus de vigilance disponible pour le rappel des atrocités communistes. Selon la formule d’Alain Besançon, l’"hypermnésie du nazisme" détourne l’attention de l’"amnésie du communisme".

 

"Révélateur du succès obtenu par ce leurre est le sens qu’a pris l’expression "devoir de mémoire", désignant de façon quasi exclusive le devoir de rappeler sans cesse les crimes nazis et eux seuls. On ajoute éventuellement à la liste quelques autres forfaits qui peuvent leur être comparés, à condition qu’ils n’appartiennent pas au champ d’action des grandes maisons mères communistes et ne relèvent pas non plus de la conception socialiste du monde."

 

Que passe un juif dans nos mémoires à tous, chaque jour, d'accord. Mais qu'il soit suivi, selon les jours, d'un Apache, d'un koulak, d'un protestant ou d'un Arménien.

 

 

 

(p.s. Dieudonné connaîtrait personnellement Le Pen, et alors ? Un tiers des votants de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a déjà voté Front National, et cela ne vous a pas empêché pas d'acheter votre baguette chez un boulanger de Vaison la Romaine et d'aller pique-niquer à Fontaine de Vaucluse.)

 

 

 

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=IL9YBC5-Tf8

http://archives.contrepoints.org/La-memoire-tronquee.html

 

Par ronald oranger
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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 10:24

 

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Et si je vivais le reste de mon âge comme le Personnage de Ce formidable bordel ?

 

Moi aussi, comme mui, je suis entouré de gens qui répètent leurs lieux communs. Ma concierge me parle comme une concierge. Mon garagiste me parle comme un garagiste. Mon médecin me parle comme un médecin. L'optimiste parle comme un optimiste.

 

Puisque les gens disent toujours la même chose, pourquoi les écouter. Je n'écouterai dorénavant plus q'une phrase sur deux, puis une phrase sur trois. Parfois je ferai semblant d'écouter mais je n'écouterai rien.

 

Je vais devenir aussi de plus en plus silencieux.

 

Si la concierge, le garagiste, le médecin, l'optimiste insistent pour que je leur parle, je leur dirai un mots ou deux, ceux qu'ils ont besoin d'entendre, pour les apaiser.

 

J'aurai l'impression que les nuits et les matins se succéderont à un rythme de plus en plus rapide.

 

Des choses vont se passer dans le monde, mais toujours les mêmes.

 

Déjà je ne sens presque plus rien. Les mots qu'utilisent les gens sont des mots auxquels je suis habitué. Ils ne me font plus rien.

 

Des gens me disent qu'ils m'aiment mais ça ne me fait rien. Je ne comprends même pas ce qu'ils veulent dire. Ils ne font sans doute que répéter ce qu'ils ont entendu.

 

Je vais finir ma vie comme ça : debout, mutique, immobile, au milieu de ce rêve répétitif qu'est ma vie, baigné par toutes ces phrases que j'entends toute la journée.

 

Déjà je n'arrive plus à situer mes souvenirs. Cette promenade en barque sur un lac : il y a un an ? Il y a vingt ans ?

 

Tout ça, c'est un rêve.

 

Et si un jour j'ai mal ? 

 

Quand ça fait mal on est obligé d'y croire, dit la serveuse à la page 89.

 

Mais Ce formidable bordel ! s'achève sans que le Personnage ait mal. Il a peur d'avoir faim et soif, mais il n'a pas faim ni soif.

 

Les autres personnages vieillissent, le décor disparaît progressivement, mais il n'a pas mal.

 

C'est tout le bien que je me souhaite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eugène Ionesco, Ce formidable bordel !, Gallimard, 1973 

 

 

 

 

Par ronald oranger
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